1979 Interview with Joy Division

Tags: , ,

Pascal Stevens, Michel Duval, Bert Bertrand

En Attendant, November 1979

This interview with Joy Division, which has never been reproduced since appearing in the November 1979 issue of En Attendant, was conducted on the occasion of the Plan K gig on 16 October 1979. It appears here in conjunction with RealityStudio’s dossier on William S. Burroughs and Joy Division. You can also read the original English translation.

La plupart des groupes prennent un nom qu’ils croient adapté à eux mêmes: the Supremes, the Knack ou Simple Minds. Manifestement le choix de Joy Division était ironique: ce quatuor de jeunes Mancuniens présente une musique qui est n’importe quoi sauf joyeux. Mais elle est belle. Et prenante. Et riche. Et sombre.

“Du désespoir conscient de son existence donc d’un moi de quelque éternité; et des deux formes de ce désespoir, l’une où l’on ne veut pas être soi-même, et l’autre où l’on veut l’être.” — Soren Kierkegaard

Manchester ressemble à tant de villes anglaises: elle est noire et sordide. On y retrouve, comme à Liverpool où à Birmingham, ces détestables usines, ces chômeurs et ces alcooliques invétérés. Une certaine idée de l’angoisse.

Avant 1976, peu de scène musicale si ce n’est les Hollies. Les jeunes de l’endroit ne vivaient que pour deux formations, moins musicales cependant: Manchester United et Manchester City.

Pendant tout un temps, elles firent les beaux jours du football européen, les deux clubs se relayant régulierement à la tête des classements. C’était le temps de la haine et de la rivalité. Du pain et des jeux?

Un an plus tard, c’est l’avenement de ce qu’on sait et Buzzcocks joue en première partie des Pistols. L’émulation suivra. Les premiers enregistrent un EP. Boredom? On ne leur fait pas dire.

Parenthèse: le producteur s’appelle Martin Zero qui occupe aujourd’hui une place de choix dans le gotha des “instigators of the late seventies,” aux côtés de Steve Lillywhite, de Martin Rushent et de Mick Glossop.

À l’actif de Martin Zero, qui se fait appeler aujourd’hui Hannett: les albums de John Cooper Clarke et de Jilted John, le nouveau single de Magazine, l’album de Joy Division et le fabuleux Electricity de Orchestral Menoeuvres in the Dark, dont on n’a pas fini de parler. Fin de la parenthèse.

Les groupes se forment et parmi eux, the Drones, Slaughter & The Dogs et Warzaw. Aujourd’hui on dénombre 72 formations vivant à Manchester.

Warzaw sont quatre: Peter Hook (qui n’avait pas de barbe), Ian Curtis (le chanteur), Stephen Morris et Bernard Albrecht. Ils participent au Stiff Contest, changent leurs nom en Joy Division, enregistrent ici et là sur des compilations perdues ou des EP introuvables.

Et puis, vers le mois de juin, ils enregistrent ce qui sera probablement un des trois meilleurs albums de l’année: Unknown Pleasures. Le ton général de l’album est maussade et désespéré, la voix de Ian Curtis se fraye un passage au travers ce déluge de sons à la fois lugubres et tonifiants. Comment résister à la dynamique entraînante de “I’ve Lost Control?” L’empoi aggressif de la basse de Peter Hook, mélangé aux effets syndrums de Stephen Morris soutiennent des compositions lugubres, mais envoûtantes, maudites mais dérangeantes. Des plaisirs interdits…

On pourrait écrire n’importe quoi sur Joy Division, leur trouver des intonation disco (elles y sont) ou les considérer comme un autre groupe de New Musick (ils ne s’en défendent pas). Mais ce ne serait que de la littérature…

En circulant dans les tunnels de Brussels, on peut lire cette inscription étrange: “Tout Va Bien.” Ces trois mots, comme leur nom de groupe, rend parfaitement la sensation que peuvent avoir des êtres vivants dans cette société: l’ironie d’une vie absurde. On dit que Ian Curtis est fou, qu’il a du mal à s’adapter. Mais nous savons tous, et surtout depuis la mort de Mesrine, abbatu il y a quelques jours, que le temps des héros en cette fin 1979 est devenue celui des fous.

Il y a quelques semaines, Joy Division donna un concert étonnant au Plan K. C’est là que nous les avons rencontrés.

Le fait de changer votre nom, “Warzaw” en “Joy Division” a-t-il affecté votre musique?

On l’avait changé car un autre groupe, The Warzaw Pact, venait de sortir un album.

Ah oui…. C’est ce groupe qui a enregistré et sorti leur disque en moins de 24 heures?

C’est ça… C’est à ce moment que nous avons enregistré deux morceaux pour le Factory Sampler, en compagnie de Durutti Column et de Manicured Noise.

On vient de recevoir il y a quelques jours le Fast Earcom Vol. 2 sur lequel vous jouez deux morceaux?

Ils ont été enregistrés en même temps que l’album. Si c’est sorti sur Fast, c’est parce qu’au début de Warzaw, nous avons joué quelque fois en première partie des Rezillos, alors managé par Bob Fast.

Y a-t-il une raison pour laquelle vos noms n’apparaissent pas sur l’album?

Joy Division est une entité, une union. Quand on voit tous ces stupides remerciements sur ces albums.

Est-ce un moyen pour échapper au vedettariat?

Non, nous sommes tous égaux. Si on enlève un élément du groupe, ce ne sera plus Joy Division. Et nous composons ensemble toutes les chansons.

Pensez-vous que tout groupe non-commercial devrait avoir des options politiques, ou divulguer un message?

Mais n’importe quel groupe, et même le plus simple, a des implications politiques et sociales. Regarde par exemple Boney M, leur message est simple et se résume à un verbe: danser. Et si un groupe n’offre pas de message explicite, il y en a toujours un qui est sous-jacent, c’est celui de l’évasion, celui d’échapper aux réalités quotidiennes.

Published by RealityStudio on 29 May 2008. Interview originally published in En Attendant, Number 22, November 1979, Brussels. Translation by RealityStudio. Many thanks to Michel Duval for providing a copy of the interview.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *